Une offre inespérée sur le marché français
Les marques chinoises arrivant en Europe, nous y sommes habitués. Mais c’est tout de suite plus déroutant lorsqu’elles choisissent de glisser un pick-up dans leurs bagages. Appartenant à SAIC Motor, Maxus est présent sur le continent depuis 2018, mais a attendu cinq ans avant d’arriver dans l’Hexagone. Trois modèles y étaient initialement proposés : les utilitaires eDeliver 3 et eDeliver 9, ainsi que le pick-up électrique T90. À la fin novembre 2024, l’imposant eTerron 9 EV s’est à son tour ajouté au catalogue Maxus. Depuis le début d’année 2026, un troisième pick-up est disponible à la commande. Il s’agit du T60 Max, qui a la particularité d’être… entièrement diesel. Le T60 n’est pas un modèle inconnu puisqu’il est vendu au Chili depuis 2017.
Sa plateforme est d’ailleurs très proche de celle du T90 EV que l’on peut apercevoir (rarement) en France. À l’étranger, le T90 est commercialisé avec le même moteur diesel que le T60 Max. Avec son bloc 100 % thermique et sa double cabine, le Maxus T60 Max propose aux automobilistes français une alternative devenue rare sur le marché. Seul Ford commercialise encore un Ranger correspondant à ces critères, tandis que le Hilux de Toyota n’est plus que vendu avec un moteur hybride diesel/électrique en double cabine. Un vent de fraicheur souffle sur la France. Et avec un prix d’appel, disons-le de suite, particulièrement aguicheur, Maxus espère vendre 300 T60 Max dans le pays en 2026. À titre d’indication, Ford avait commercialisé plus de 3 500 Ranger l’année passée.

Au moment où ces lignes sont écrites, Maxus ne prévoit pas de commercialiser d’autres cabines pour le T60 Max. Tout dépendra de l’évolution de la réglementation fiscale.
Grande gueule orange, pour mieux concurrencer le Ranger ?
En blanc de série, le T60 Max peut se vêtir de noir métallisé, gris métallisé, bleu, rouge ou encore d’une teinte Competitive Orange qui n’est pas sans rappeler le Wildtrak Orange des Ford Ranger. Il faut dire qu’avec sa calandre noire particulièrement imposante, le pick-up Maxus semble adopter quelques codes nord-américains. Les chiffres vont dans le même sens, avec 5,39 mètres de long, 1,96 mètre de large et 1,87 mètre de hauteur. Ses barres de toit et ses arceaux noirs sur la benne renforcent cette apparence robuste. Si un pick-up passe beaucoup moins inaperçu qu’une citadine, c’est encore plus frappant lorsque le nom d’une marque méconnue s’affiche en gros sur la face avant. Ces deux motards, postés en pleine ville à un feu tricolore, déchiffrant l’appellation Maxus pendant que nous ne sachions pas où détourner le regard, en sont la preuve.
Marchepieds, passages de roues noirs, fines veilleuses et puissants éclairages latéraux participent à l’agressivité du T60 Max. Avec 3,15 mètres d’empattement et une benne de 1,5 mètre de long, dans laquelle il est possible de charger 865 kilos, le pick-up de 2,27 tonnes chaussé sur des jantes de 18 pouces a réussi l’épreuve de l’esthétisme. Les amateurs de détails apprécieront les badges Bi-Turbo placés sous les montants A. SAIC Motor a travaillé son véhicule pour l’orienter haut de gamme, comme en attestent le vérin retenant l’ouverture de la ridelle et le rideau coulissant électrique proposé en option, avec ces éclairages intérieurs bien pratiques la nuit.

Avec une transmission intégrale pouvant être en boite courte ou longue, le pick-up vante un usage tout-terrain qui n’est pas compatible avec ses pneus de série.
Un habitacle fonctionnel et accueillant
À l’ouverture des portes, la tablette horizontale attire immédiatement le regard. Elle est droite, telle une pièce unique, bien qu’elle intègre deux écrans distincts de chacun 12,3 pouces, dont seul celui de droite est tactile. Volant, tableau de bord, sièges, accoudoir et garnitures de portes dévoilent des surpiqures rouges correspondant à la seule touche d’exotisme de l’habitacle. Tout le reste est noir, jusqu’aux tapis en caoutchouc proposés en option – pratique lorsqu’il s’agit de les laver. Nous sommes avant tout dans l’intérieur d’un véhicule utilitaire. Pas besoin d’aller trop loin, il doit ici être question de fonctionnalités : trois connectiques USB, diverses poignées pour s’accrocher en cas de routes escarpées, ou encore de la recharge par induction – rechargeant très mal mais pratique pour y poser le téléphone connectable à la voiture. Contrairement à certains confrères, nous n’avons eu aucun mal à appareiller Android Auto.

Attention à ne pas fâcher vos accompagnants, les seules commandes de gestion de la musique sont sur le volant. À moins de fouiller sur l’écran central.
La tablette centrale n’est peut-être pas la plus réactive, mais l’utilisateur concentré sur la route n’y verra pas un problème. Les touches et autres boutons du volant permettent d’augmenter le son – une action difficile à réaliser pour le passager –, de changer la musique ou encore d’activer le régulateur de vitesse. Le volant est d’ailleurs chauffant, tout comme les sièges avant. Dommage qu’il n’y ait qu’un unique niveau de chauffe, mais il n’est pas difficile de s’en contenter en hiver. Franchement, quand on goûte au volant chauffant, il devient impossible de s’en passer. L’habitacle est tout aussi accueillant du côté de la banquette arrière. Pas de sièges chauffants, mais un bel espace aux jambes pour les deux occupants – le petit siège central n’est pas fonctionnel, ce qui permet au T60 Max de ne pas avoir de malus écologique malgré sa double cabine. Pompon sur la Garonne : leur assise n’est pas si verticale, pour un pick-up.
Le Maxus T60 Max est utilisable au quotidien, à condition de s’habituer au bruit
Le Maxus T60 Max fait l’unanimité sur un point : le bruit. Ce n’est pas tant la sonorité au démarrage, mais bien celle émanant du moteur au passage des trois premiers rapports. L’insonorisation du bloc 2.0 de 215 chevaux est quasi inexistante. Les quatre cylindres sont littéralement dans l’habitacle. Fort heureusement, le bruit n’est pas celui d’un tracteur agricole. Et mieux encore, on finit par s’y habituer, d’autant plus que les décibels sont beaucoup moins élevés à vitesse constante. Bardé de caméras, bien que leur rendu des distances soit assez particulier, le Maxus T60 Max se veut agréable en ville grâce à un angle d’attaque de 29°. Il est facile de le placer, quand sa garde au sol de 217 mm permet de ne pas être incommodé par le moindre ralentisseur.

En accélérant un peu trop fort en mode Normal, la transmission du T60 Max s’emballe et fait patiner le véhicule. Au point de croire qu’il est en traction. À tort.
Il faudra une certaine maîtrise pour garer les 5,39 mètres de long, mais on arrive à s’en sortir. La prise en main n’est vraiment pas compliquée, mais les occupants seront rapidement agacés par la coupure de la musique dès lors que le clignotant est activé à basse vitesse. L’écran montre alors la caméra du côté concerné, et limite le volume sonore pour garantir la meilleure des concentrations. Pratique pour sortir d’un parking souterrain étroit, inutile à la première intersection urbaine. Nous avons eu beau chercher, ce paramètre n’a pas l’air de se désactiver. Sur voies rapides, changer de voie ne coupe pas la musique. Le son est d’ailleurs plutôt bon, notamment au niveau des basses. Attention néanmoins à ne pas trop augmenter le son, au risque d’entendre de nombreux grésillements.

La transmission 4×4 automatique est censée détecter un sol sableux, boueux ou enneigé. En pratique, il aurait été mieux de proposer des modes prédéfinis adaptés.
Polyvalence entre autoroutes et chemins boueux
Contre toutes attentes, le Maxus T60 Max est loin d’être inconfortable. L’assise est bonne à l’avant comme à l’arrière, et sa hauteur renforce cet aspect agréable de la conduite. Comme avec de nombreux pick-ups, le régulateur adaptatif est bloqué à 120 km/h, il faudra donc s’en passer pour rouler à bon rythme sur autoroute. C’est en le faisant qu’on comprend que l’aérodynamisme a été remarquablement travaillé : les bruits d’air sont immanquables, mais ils ne sont pas omniprésents comme sur un Ineos Grenadier Quartermaster. De son côté, le moteur ne deviendra volubile qu’au rétrogradage pour doubler. La boîte de vitesses ZF à huit rapports est correcte, sans pour autant exceller. Comme sur le franchiseur britannique, elle peut cruellement manquer de réactivité en mode Normal. Un défaut qui disparaît en mode Sport. Pour les modifier, il faudra malheureusement passer par l’écran central. Pas pratique.
En revanche, pas besoin de pianoter pour passer de la propulsion au mode quatre roues motrices. Une molette de commande permet de le faire rapidement. Notre essai est intervenu après de grosses précipitations, il convenait donc de tester le T60 Max dans la boue. Presque un choix osé, tant les pneus Yokohama Geolandar A/T G015 ont semblé limités. Pour leur défense, ce sont des montures toutes saisons adaptées à un usage mixte plus qu’à du tout-terrain. Peut-être pour cela qu’il était nécessaire d’activer les quatre roues motrices à chaque gros passage de boue, et surtout de désactiver les aides. Dans le cas contraire, l’électronique est bien trop intrusive, et la puissance est bien trop muselée, même en sollicitant franchement l’accélérateur. Sur ce point, un Isuzu D-Max est bien plus efficace. La garde au sol du Maxus montre aussi ses limites sur les reliefs. S’il finit par passer, attention au fragile cache plastique sous le moteur.

Erreur manifeste de l’essayeur, qui a oublié de photographier la baie moteur. Le bloc est particulièrement accessible pour les opérations communes, de la vidange au remplacement de la courroie de distribution. Le Maxus T60 Max est donné pour 9,1l/100km. Une moyenne qui s’approche plutôt des 10l/100km en pratique.
Possible de passer sous la barre des 10l/100km
Finalement, notre Maxus T60 Max n’a pas été particulièrement testé hors de l’asphalte. Inutile sans des pneus adaptés. On retiendra qu’il peut largement convenir à un usage agricole ou pour des techniciens intervenant sur des chemins non goudronnés. C’est bien sur voies rapides que le confort et la polyvalence du pick-up chinois saute aux yeux. Même sur un trajet de plus de quatre heures, l’assise n’est pas désagréable et la finition accordée à l’habitacle saute vraiment aux yeux. On est bien. Sauf peut-être au moment de passer à la pompe. Avec une capacité de 75 litres, le réservoir de diesel ne nécessite pas un remplissage récurrent, mais il risque de faire surchauffer la carte bleue.
Trois relevés de consommation ont été effectués. Le premier, mélangeant autoroutes et chemins agricoles, atteint 9,80 l/100 km. En restant davantage en ville, nous dépassons la barre des 10 litres (10,55 l/100 km). Enfin, le dernier long trajet, plutôt composé de routes nationales, descend à 9,46 l/100km. En bref, toujours plus que les 9,1 l/100km annoncés par Maxus. Mais nous n’en sommes pas loin, et la lourdeur de notre pied droit n’est plus forcément à démontrer. Il ne fait aucun doute que le propriétaire saura se montrer plus raisonnable. Par ailleurs, le mode Eco n’est pas désagréable. La boîte ZF est, pour le coup, bien calibrée pour une conduite souple.










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