Photos : Anthony Mota – @auto_mota (Instagram)

Le configurateur QJMotor ne proposait la SRV 600 V2 qu’en gris. Quelle a été notre (bonne) surprise en voyant ce noir mat en concession ! © Anthony Mota
QJMotor casse les codes
Dans l’imaginaire collectif, les motos chinoises sont probablement toutes électriques. Il faut dire que nous en avons déjà testé une sur Les 2 Ponts, en l’occurrence la VMoto Stash. Mais le catalogue de certains constructeurs comprend également une offre thermique de plus en plus convaincante. Il n’y a qu’à voir l’implantation croissante de CFMoto dans les concessions françaises pour s’en apercevoir. QJMotor s’inscrit dans la même lignée. Établie en Chine depuis 1985 dans le giron du groupe Geely, la marque est des plus polyvalentes : scooters 125 cm3, quads jusqu’à 1 000 cm3, sportives, roadsters, trails et donc, street cruisers. La SRV 600 V2 rentre dans cette dernière catégorie, qui comprend également une déclinaison de 125 cm3.

La hauteur de selle, pour un motard de petit gabarit, est parfaitement adaptée lors des manœuvres. Le guidon ne braque pas énormément, mais on ne s’y coince pas les doigts comme avec l’Aprilia Tuono 457. © Anthony Mota
Commercialisée en France depuis février 2026, elle est directement dérivée de la SRV 600 V4, qui se distingue par un moteur à quatre cylindres en V. Une proposition étonnante car ce bloc a davantage fait la renommée de Ducati dans le monde des sportives. QJMotor avait besoin d’une offre plus accessible aux jeunes conducteurs, puisque la SRV 600 V2 est aujourd’hui vendue comme une A2 native. Autrement, pas bridée.

Dépassant les 200 kilos avec les pleins, la SRV 600 V2 est étonnamment maniable au moment de se faufiler entre les voitures à basse vitesse. © Anthony Mota
Un style réussi et bien fini
Une fois n’est pas coutume, oubliez les clichés que vous pourriez être tentés d’apposer sur les motos chinoises. Possédant également le constructeur Benelli, QJMotor a mobilisé des designers italiens pour mettre en forme ce qu’ont développé les ingénieurs chinois. Et le résultat est indéniablement réussi. La couleur noire mat de notre modèle d’essai met en avant ses courbes autant que le bicylindre en V, dont le chrome rappelle celui des magnifiques jantes. Le long double échappement, positionné sur le côté droit, apporte la touche stylistique obligatoire sur un cruiser. La selle, qui semble être en similicuir, est joliment dessinée.

Ce moteur V2 chauffe entre les jambes, mais on ne s’est jamais brûlé. Ah si, avec l’échappement, une fois. © Anthony Mota
Au contraire de sa grande sœur au V4, la SRV 600 V2 a opté pour un phare avant rond au centre de la fourche inversée. Les petits rétroviseurs, également ronds, correspondent au style défendu. QJMotor a laissé les designers lui offrir une apparence de custom, tout en apposant quelques éléments technologiques : l’éclairage full LED, le petit écran circulaire LCD de 3,5’’, le système de surveillance des pneus, deux connectiques USB-A et USB-C, le Bluetooth et la navigation embarquée. Lors de notre essai, l’écran connecté n’a guère été utile. Les différents menus présentés sur la notice n’existent pas sur notre modèle. Rien que régler l’heure affichée a nécessité plusieurs minutes de bataille. Il faut espérer que les exemplaires commercialisés soient davantage opérationnels sur ce point.

Pas de chaîne pour cette SRV 600 V2 refroidie par liquide, tant mieux pour le silence de fonctionnement. Si on peut dire ça. © Anthony Mota
Le passage du roadster au cruiser
Il ne faut pas s’inventer une vie. L’essayeur écrivant ces lignes n’avait jamais installé ses fesses sur autre chose que des roadsters avant de prendre le guidon de la SRV 600 V2. Certes, il a bien essayé une Royal-Enfield Meteor 350 sur quelques kilomètres, mais le custom de QJMotor est incomparable. Avec les commandes décalées, pour le sélecteur et le frein arrière, il est nécessaire de s’adapter. Mais cela vient relativement naturellement, et le confort de la selle ajoute au bien-être ressenti. « Ca y est, je suis devenu un biker. » Nous sommes effectivement tentés de le penser, bien qu’il manque encore une épaisse barbe grisonnante, une veste en cuir et des tatouages visibles sur les bras. C’est l’image qu’on se fait du propriétaire de ce genre de bécane, alors même que QJMotor vise plutôt le motard débutant qui cherche à cruiser sur les départementales. Toc toc, nous voilà.

Le sixième rapport est vraiment là pour l’autoroute à vitesse constante. Pour le reste, il est inutile. © Anthony Mota
La surprise de la première journée
Disons le tout de suite, nous avons parcouru plus de 600 kilomètres avec la QJMotor SRV 600 V2. Notre modèle d’essai, récupéré avec seulement une centaine de bornes au compteur, n’était pas même rodé. Au point que les freins continuaient d’émettre quelques bruits aigus pendant les deux premiers jours d’utilisation. Avant quoi, le premier démarrage nous a fait véritablement rentrer dans un autre univers. La sonorité d’une moto thermique est primordiale, celle de notre cruiser n’a rien de décevant. Le ralenti élevé des premières dizaines de seconde réveille les voisins, c’est tout ce que nous sommes en droit de lui réclamer. Son crépitement à bas régime est plus que satisfaisant, tout autant que ses montées hurlantes dans les tours. On nous entend arriver, et on nous entend partir au loin.

Avec quelques tremblements en ville, sûrement le temps du rodage, la SRV 600 V2 est malheureusement sujette à du guidonnage occasionnel sur voies rapides. © Anthony Mota
Une fois à son guidon, la SRV 600 V2 rassure par une étonnante maniabilité. N’allons pas parler d’agilité, mais nous aurions pu penser qu’il serait plus difficile de se faufiler en milieu urbain. Le cruiser s’apprivoise progressivement malgré un pneu avant de 130 centimètres de large. Le petit guidon et l’empattement de 1,55 mètre participent à cette réassurance. Seuls les premiers virages peuvent piéger lorsqu’on est habitué à un roadster. Avec son centre de gravité bas, la SRV 600 V2 se penche avec poigne et retenue. On aurait l’impression qu’elle veut vous embarquer au sol, ce qu’elle fera si la vitesse n’est pas adaptée. L’autre première surprise arrive au rupteur, puisque aucune zone rouge n’est indiquée sur le cadran. Il semble se situer un peu en amont des 9 000 tr/min, probablement vers 8 750 tr/min. Une valeur plus que convenable pour cette architecture de moteur.

Avec des bonnes reprises à moyen régime, la SRV 600 V2 tient beaucoup moins les très bas régimes qu’une moto avec un bicylindre en ligne. © Anthony Mota
Un plaisir quotidien et addictif
C’est après les 200 premiers kilomètres que le plaisir de conduite devient indéniable. Hauteur de selle de 705 mm, poids contenu de 191 kilos à sec, un éclairage correct de nuit… On est bien assis, on cruise avec un échappement généreux, on ne passe pas inaperçu et on n’a pas forcément envie de constamment maintenir la poignée de droite vers le bas. Avec son bicylindre en V de 550,4 cm3, la SRV 600 V2 développe la puissance maximale autorisée pour la catégorie A2 : 47,5 chevaux. C’est au niveau du couple, de 53 Nm, que les choses deviennent intéressantes. Les reprises sont appréciables, et la moto grimpe assez vite vers son régime idéal, situé à 6 500 tr/min. Au contraire du bicylindre en ligne, l’accélération est ici linéaire. Un mal pour un bien, puisque cela participe à une (fausse) désintoxication de la vitesse tout en offrant de très convenables départs arrêtés.

La sonorité est plus que réussie : crépitante à bas régime, avec des envolées graves dans les tours. © Anthony Mota
Étalé sur plus d’une semaine, notre périple quotidien avec la proposition chinoise nous a permis de la tester dans toutes les circonstances. Sauf celle du voyage en duo. S’il y a bien une selle pour le passager, et des cale-pieds, la canicule précoce du mois de mai n’a pas encouragé la pratique. Avec un bicylindre en V entre les jambes, le motard confirmera qu’il vaut mieux rester sur voies rapides pour éviter de transpirer. Bien que confortable, la selle ne favorise en rien le refroidissement corporel. Sur un autre sujet, c’est au guidon de la SRV 600 V2 que les véritables bikers, ceux roulant en Harley-Davidson avec le style associé, nous ont enfin salués. Chose qui n’arrive ni avec une Hornet, ni avec une Tuono. De loin, la QJMotor ressemble à ses rivales japonaises Honda CMX 500 Rebel et autres Kawasaki Vulcan S. Et c’est excellent.

La vitesse maximale est donnée pour environ 170 km/h, mais il faudra avoir beaucoup de patience sur circuit après 150 km/h. La largeur du pneu avant oblige à beaucoup se pencher dans les virages, tout en maintenant la moto pour ne pas se laisser embarquer. Cela implique une lutte assez plaisante en conduite sportive. © Anthony Mota
Un freinage un poil léger, mais une consommation assez modérée
Quand les précédents modèles testés sont des roadsters parfaitement bien équipés en matière de freinage, la SRV 600 V2 peut sembler un peu dépassée. Un simple disque à l’avant, un simple disque à l’arrière. Et bien que le premier fasse 320 mm, cela peut vite être léger en inter-files. C’est le seul moment où nous aurions apprécié d’avoir davantage de mordant. Sans l’assistance du frein arrière, le frein avant est très rapidement débordé. La concernant, la précision de la boîte de vitesses à six rapports est appréciable. En pleine charge, les vitesses peuvent se passer à la volée et le retour en première peut se faire sans embrayer si le régime est inférieur à 2 500 tr/min. Son point de patinage est néanmoins assez flou, ce qui peut surprendre lors des démarrages.

Les pneus CST nous ont malheureusement surpris lors du premier jour de l’essai – le seul avec de l’humidité sur les routes –, bien qu’ils soient performants sur le sec. © Anthony Mota
Avec un V2, la consommation de carburant aurait pu être élevée. Ce n’est pas réellement le cas avec la QJMotor. En roulant de manière assez brute, elle dépasse facilement les 6 l / 100 km de moyenne, mais cette consommation peut, à l’inverser, passer sous la barre des 5 litres à vitesse stable sur autoroute. On s’attendait à bien pire. Il faudra néanmoins aller à la pompe assez régulièrement. De fait, malgré un réservoir annoncé à 16 litres de capacité, le témoin de réserve a tendance à s’allumer de manière assez précipitée. Nous avons ainsi rajouté un peu plus de 11 litres de SP98 en s’arrêtant 3 kilomètres après son apparition. Nous avions alors parcouru 190 kilomètres. Finalement, l’un des principaux défauts de la SRV 600 V2 intervient justement sur autoroute. La moto est sujette à du guidonnage occasionnelle, sans raison apparente.
Côté équipement : Pour se protéger les pieds des aléas routiers et météorologiques
Après avoir présenté un casque et un support de téléphone, il est temps de mettre en avant un autre équipement de sécurité : les chaussures de moto. Leur port n’est pas obligatoire en France, mais elles se révèlent particulièrement utiles dans certaines conditions. Ici, nous avons choisi les Xpd (prononcez X-Speed) Way H2Out, qui permettent de protéger les chevilles en cas de choc latéral ; mais aussi le talon et les orteils avec une coque renforcée à l’avant. Celle-ci est capable de sauver le bout du pied si la moto venait à malencontreusement rouler dessus. Mais l’utilité que nous apprécions le plus est directement liée à leur conception : elles sont imperméables. On évite ainsi les pieds trempés après un trajet sous la pluie battante. À l’inverse, elles tiennent chaud en pleine canicule. Mais leur look de baskets, hautes et confortables, fait toute la différence au quotidien.








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