Plus vieux pont de Paris, le Pont-Neuf donne son nom à la rue abritant les bureaux historiques de Louis Vuitton. Et puisqu’il ne s’agit pas d’une boutique, pénétrer ces locaux n’est pas donné à tout le monde ; encore moins lorsqu’ils abritent la seule présentation française de deux des Porsche 911 Type 964 les plus exclusives au monde. Dévoilés un mois plus tôt en Californie lors du Pebble Beach Concours d’Elegance 2026, ce coupé Classic et ce cabriolet Classic Turbo avaient déjà vocation à être uniques, puisque leurs versions d’origine ont été acquises par le prestigieux atelier Singer Vehicle Design. Spécialisée depuis 2009 dans la personnalisation ultra-poussée de Porsche 911 du début des années 1990, l’entreprise californienne a pour sacerdoce d’offrir à ses clients l’excellence en matière d’automobile. Si aucun détail n’est jamais laissé au hasard avec Singer, l’entreprise a choisi d’aller encore plus loin en s’associant à Louis Vuitton.
D’une association horlogère à une véritable collaboration
Pour quelques jours, les plus prestigieux clients de la maison de luxe française ont ainsi l’opportunité d’approcher des créations uniques dont la valeur, confidentielle, atteint probablement les 10 millions d’euros par voiture. Ces deux Porsche 911 réinventées ne devaient, à l’origine du projet, qu’embarquer quelques éléments manufacturés par Louis Vuitton. « Singer a approché la maison pour travailler sur les compteurs et l’horlogerie de bord de leur prochaine création, nous contextualise Antoine Fischer, le chef de projet des partenariats chez Louis Vuitton. De fil en aiguille, les discussions se sont orientées vers l’apport de maroquinerie puis de prêt-à-porter, avant de se conclure en véritable collaboration pour l’ensemble de la voiture. » La première des deux créations est donc un coupé de couleur safran et bleu cobalt, équipé d’un flat-six atmosphérique de 4,0 litres refroidi par air, et doté de la climatisation comme de l’Apple CarPlay.

Les pneus (fonctionnels) de la Porsche 911 Coupé Classic by Singer & Louis Vuitton sont bleus, mais un jeu de quatre pneus conventionnels est vendu avec la voiture.
Avec son orange safran obtenu grâce à douze couches de peinture métallisée, essentielles pour l’une des couleurs iconiques de Louis Vuitton, le coupé illustre parfaitement l’Art du Voyage vanté par la maison de luxe : bandeau pare-soleil sérigraphié LV, malles spécifiquement dessinées pour le toit ainsi que le coffre avant, et même de surprenants « objets nomades » que sont les skis et la planche de surf. À l’intérieur, les plastiques ont été bannis pour être remplacés par du métal et un matelassage de cuir VVT orange et bleu. La planche de bord reçoit des compteurs Tambour, du nom d’un modèle iconique de montres Louis Vuitton, ici signés La Fabrique du Temps. À l’extérieur, l’œil de l’admirateur est immédiatement saisi par les pneumatiques et les balais d’essuie-glaces. Leur particularité ? Ils sont tous bleus. Ces Michelin Pilot Sport 4S colorés sont d’ailleurs parfaitement fonctionnels.
Du cuir, de l’or, du bois et de nombreuses inspirations
Le développement de ce coupé Classic a débuté en 2023 mais son assemblage – réalisé entre les ateliers Singer de Californie et d’Angleterre – a été réalisé en quelques mois, soit légèrement plus de temps que pour le second modèle. Celui-ci est encore plus lié à Louis Vuitton car sa direction artistique a été confiée à Nicolas Ghesquière, l’homme en charge du design des collections féminines de la marque. « Le cabriolet Classic Turbo s’adresse spirituellement à la femme la plus puissante et la plus élégante du monde », nous explique de son côté Octave Chany, le directeur du design de Singer, tandis qu’Antoine Fischer complète en précisant que le rendu « n’en reste pas moins tout à fait unisexe. » De fait, son heureux propriétaire est bel et bien un homme ; et c’est tout ce que nous saurons de lui.
Son cabriolet Classic Turbo s’illustre dans une très élégante carrosserie en fibre de carbone de couleur Calcaire Lutétien – du nom de la roche sédimentaire carbonatée prenant place dans les monuments de Paris – avec de nombreuses boiseries en noyer d’Amérique, que l’on retrouve également dans l’habitacle. Cette Porsche 911 est certainement le coup de cœur du journaliste écrivant ces lignes. Elle est également inspirée des bateaux classiques Riva Aquarama, tandis que les lanières en cuir permettant de fermer les coffres rappellent directement la Porsche 356. Tout comme le coupé Classic, elle est remplie de petits détails, à l’image du loquet de verrouillage de porte fraisé selon le design LV. Nous pouvons également évoquer le pommeau de vitesses inspiré du sac Noé, qui servait originellement à transporter les bouteilles de champagne. Et s’il ne fallait retenir qu’un chiffre : le cabriolet Classic Turbo abrite environ 300 000 euros d’inserts en or.

Expression la plus créative des deux créations de Singer et Louis Vuitton, le cabriolet Classic Turbo a déjà trouvé preneur.
Deux vitrines du savoir-faire Singer & Louis Vuitton
Les deux modèles Singer x Louis Vuitton sont chacun accompagnés d’une collection unique de prêt-à-porter, comprenant notamment des casques, des gants de pilotage, des chaussures de course et de ville, des clés et leur collier et, sans surprise, de nombreux sacs et malles de voyage. Tous ces accessoires sont exclusivement réservés aux propriétaires de ces 911 ; ils ne sont pas vendus sans la voiture. « Ce sont deux vitrines de savoir-faire, qui viennent établir un nouveau standard de personnalisation chez Singer », renseigne finalement Octave Chany, arrivé dans l’atelier quelques mois avant le début du partenariat et qui s’était donné pour mission de dupliquer « la précision au millimètre de l’horlogerie à l’échelle d’une voiture. » Le résultat est simplement époustouflant. Même la baie moteur du cabriolet renferme un flat-six biturbo de 3,8 litres bardé… de véritable cuir.

Le cabriolet Classic Turbo était imaginé pour “la femme la plus puissante du monde” mais c’est bien un homme qui a craqué dessus. Difficile de lui en vouloir.
Si le cabriolet a bien trouvé preneur, le coupé est actuellement au cœur d’une bataille d’enchères menée par l’élite de la clientèle de Louis Vuitton. Les deux Porsche personnalisées par Singer continueront, après leur présentation parisienne, un tour du monde d’environ un an. Le Japon figure déjà parmi les destinations, et les Émirats arabes unis devraient également les accueillir. Si l’atelier californien laisse la maison de luxe s’occuper de la vente, il espère bien que cette nouvelle démonstration de savoir-faire séduise d’autres passionnés. Chaque voiture passée par Singer est indéniablement unique, et les potentielles autres collaborations avec Louis Vuitton le seront tout autant. Cette matinée passée rue du Pont-Neuf a mis des étoiles plein les yeux, a rempli la tête de rêves, mais elle laisse avec une interrogation restée jusqu’ici sans réponse : serait-on réellement capable de voyager avec une voiture atteignant un tel niveau de prestige ?











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