Reprendre le flambeau d’une même recette
Lorsqu’il est présenté, fin mai 2026, le Kymco CV3 575 rappelle énormément la première version de 550 cm3 commercialisée depuis 2020. Les équipes du constructeur taïwanais ne voulaient prendre aucun risque avec ce nouveau maxi-scooter à trois roues. Pas question de chambouler le client actuel, puisque l’objectif commercial semble être davantage tourné vers le renouvellement du parc. Lorsqu’il est arrivé sur le marché français, le CV3 s’était distingué d’emblée par sa volonté de s’imposer face à ses concurrents via une généreuse motorisation. Il s’agissait alors du premier véhicule de sa catégorie à embarquer un bicylindre. Il était tout bonnement le plus gros scooter à trois roues du marché. Il faut dire qu’en arrivant après Piaggio, Yamaha ou encore Peugeot, Kymco avait intérêt à se démarquer.

Trois coloris sont disponibles sur le nouveau Kymco CV3 575. Ce blanc polaire est certainement celui qui le valorise le moins.
Si des marchés voisins comme l’Italie ou l’Espagne se laissent plutôt tenter par des trois roues de 300 cm3, la clientèle française a rapidement été séduite par la promesse de puissance de ce nouveau venu asiatique. Issu du maxiscooter AK550, les performances de son moteur ont plu même s’il est moins nerveux que sur son jumeau à deux roues. Environ 5500 CV3 550 ont ainsi été vendus dans le pays entre 2022 et début 2026. Son successeur de plus grosse cylindrée est donc chargé de reprendre le flambeau. Le premier mois de commercialisation du CV3 575 est, nous dit-on, déjà particulièrement prometteur. Il convenait donc de prendre le guidon de cet engin, dans la foulée directe de notre voyage en Autriche en Can-Am Canyon également à trois roues. Les conduites n’ont absolument rien à voir, mais on reste sur deux véhicules cherchant à offrir les sensations de la moto.
Design agressif pour un goût de déjà-vu
Le coloris change absolument toute l’apparence d’un véhicule. C’est peut-être encore plus vrai sur ce Kymco CV3. Le Rouge Rubis est intéressant, le Noir Saphir est assez menaçant et le Blanc Polaire ne met pas forcément ses formes en valeur. Raté, il s’agit de notre modèle d’essai. Nous aurions préféré le Full Black, mais soit, on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie ! La partie inférieure de la face avant de ce trois roues reste assez agressive, et son imposant radiateur parfaitement visible donne un aperçu de la puissance revendiquée. La bulle d’origine, transparente, gagnerait à être réglable électroniquement. Il faut ici la démonter manuellement, c’est dommage. À l’arrière, l’échappement à double sortie verticale est relativement massif et la courroie secondaire est toujours visible. Notons néanmoins le faible espace de rangement sous la selle. Impossible d’y mettre notre casque intégral en taille M. Aucun vide-poche n’est d’ailleurs disponible.

Sous la selle, le volume de chargement est bien moins généreux que dans un Kymco AK550. D’autant qu’il n’y a aucun autre rangement de série.
La selle attire le regard. Elle comprend un dossier pour le conducteur et un autre pour le passager ; pas de jaloux. Les finitions sont soignées et on apprécie particulièrement le choix des matériaux pour ce qui est du cadre métallique, qui se prolonge sur les poignées arrière.
Le pilote fait face à un écran TFT de 7 pouces dont l’interface est plutôt intuitive, bien qu’il faille également composer avec les quatre boutons « piano black » placés sous le guidon. Certaines actions s’effectuent via l’écran commandé depuis le guidon, d’autres par ces touches noires. Le propriétaire de maxiscooter Kymco, à deux ou trois roues, n’est absolument pas dépaysé. Notons néanmoins l’absence de gâchette pour les appels de phare. Pour en faire, il est alors nécessaire d’appuyer sur le bouton des pleins phares. Ce n’est pas pratique, et cela explique pourquoi les conducteurs de trois roues aiment autant utiliser le klaxon.
Le scooter à trois roues qui se pensait moto
Installons-nous. Avant toute chose, le conducteur constatera qu’il est impossible de conduire avec les jantes tendues comme sur la quasi-totalité des maxi-scooters. La position assise s’impose, probablement en raison de la présence d’une pédale de frein sur le repose-pied droit. La selle est agréable, au moins au début, et n’importe quel novice serait rassuré par le blocage de l’inclinaison des roues avant. Il est donc possible de s’installer, avec ou sans passager, sans avoir à garder un pied sur la terre ferme. Le démarrage sans clé est immédiat, la sonorité du bicylindre 575 cm3 est plutôt correcte – inutile d’en demander beaucoup plus pour un trois roues, quoi que ?
Deux options s’offrent à nous : il est possible de désactiver le système de blocage manuellement, ou d’attendre l’action automatique une fois que le variomètre atteint les 3 000 tr/min. Nous ferons le choix d’appuyer sur le bouton à chaque fois qu’une manœuvre, même légère, est nécessaire dans la foulée. Les premiers kilomètres dressent immédiatement le constat : il n’y a que de très rares situations lors desquelles on a vraiment l’impression d’avoir deux roues à l’avant. C’est notamment le cas lorsque la route est abimée, et qu’un pneu veut aller dans la direction opposée de son jumeau. Cela peut surprendre au moment de s’arrêter sur une chaussée imparfaite, notamment avec un passager. Le reste du temps, le comportement routier est similaire à celui d’un scooter. À une exception notable près, puisque ce CV3 ne demande… qu’à pencher jusqu’à 40°. C’est assez impressionnant de voir la facilité avec laquelle on passe d’un côté à l’autre, le tout avec l’assurance d’avoir deux pneus maintenant le contact avec le sol. Un motard expérimenté pourrait facilement s’amuser à trouver la limite, ce que nous n’avons pas tenté.

Le châssis tout en aluminium du Kymco CV3 575 participe aux sensations, mais les suspensions sont encore très rigides en ville.
Plus qu’un simple utilitaire du quotidien ?
Il faut bien dire que la clientèle de ces puissants scooters trois roues apprécie justement leur cylindrée. Avec le permis voiture et une petite formation de 7 heures, celle permettant de conduire des motos de 125 cm3, il est possible de piloter un engin de 51,1 chevaux, soit davantage que la puissance maximale autorisée pour un possesseur du permis A2 (47,5 chevaux, ou 35 kW). Le moteur bicylindre du CV3 575 est très réactif en ville, avec des accélérations puissantes malgré une légère perte de nervosité liée au passage à la norme Euro 5+. L’augmentation de la cylindrée permet de garder 54.4 Nm de couple dès 5 750 tr/min, et un 0 à 100 km/h abattu en environ 7 secondes. Parfait pour être un prétendant de la première place au feu rouge.
Affichant 285 kilos en ordre de marche, le Kymco n’est peut-être pas le plus agile en circulation urbaine dense. Il saura néanmoins se frayer un chemin stable et rassurant une fois les centres villes quittés. Le constructeur taïwanais a cherché à privilégier davantage le côté ludique du CV3. « Sa motorisation, ainsi que sa transmission, sa répartition des masses et son châssis, sa boucle arrière en aluminium, nous ont permis d’avoir un ressenti très proche d’une moto », assure ainsi Stéphane Goeury, directeur général de Kymco France, à notre confrère d’Auto Infos 2 Roues. Pour le représentant de la marque, le trois roues n’est plus seulement un utilitaire du quotidien. Ses propriétaires seraient de plus en plus nombreux à continuer de le chevaucher pendant leurs congés. Une « utilisation hybride » qui s’adresse directement aux automobilistes, rassurés par la présence de deux roues avant blocables sous 10 km/h.

La suspension avant KALS (Kymco Advance Leaning Suspension) permet une inclinaison maximale allant jusqu’à 40°, pour les plus téméraires.
Plaisir du régulateur de vitesse et limites de la selle
En parlant du système de blocage de l’inclinaison, ne vous amusez pas à l’activer avant d’être complètement arrêté. Si vous êtes aussi joueurs que l’essayeur écrivant ces lignes, alors vous vous exposeriez à une perte totale du contrôle. Il est très difficile de garder le guidon droit, puisque le fait de rouler sans pouvoir changer l’orientation des roues n’a rien de naturel. Autrement dit, vous ne devriez pas le faire plus de deux fois. Ceci étant dit, le nouveau CV3 se doit d’être testé en dehors d’une utilisation maison-boulot-maison. Direction Orléans pour une petite balade marquée par une heure d’autoroute à l’aller comme au retour. Le régulateur du Kymco est activable jusqu’à 130 km/h, ce que nous n’arriverons jamais à faire. Il se bloque toujours à 128 km/h, tant pis.

Toujours seul scooter trois roues doté d’un moteur bicylindre parallèle, le Kymco CV3 575 revendique un caractère sportif le distinguant de la concurrence.
Mis à part deux bugs électroniques injustifiés, ayant donné l’impression d’avoir un régulateur incapable de maintenir la vitesse en côte, le système est plus que plaisant. On cruise tranquillement, avec assez peu de vent sur le casque. Les petits problèmes interviennent après environ trois quarts d’heure de route. Pourtant si confortable en ville, la selle devient soudainement beaucoup moins appréciable. Le choix des matériaux ne joue peut-être pas en faveur d’une utilisation plaisir. Et si le couple du bicylindre était particulièrement plaisant en extra-urbain, il montre quelques limites sur voies rapides. Ainsi, sur route fermée, le CV3 a plus de mal au-delà des 130 km/h. Atteindre les 162 km/h nécessite une pente descendante et autant de patience. Le poids joue contre lui. En revanche, il n’empêche pas les freins d’être particulièrement performants. Le freinage couplé proposé via la pédale est puissant, en cas de besoin. Là encore, c’est rassurant.

Avec un disque sur les trois roues, le freinage est plus que satisfaisant. La pédale de droite, utilisable en cas d’urgence, les couple pour une réaction immédiate et rassurante.
Un maxiscooter lourd mais modérément gourmand
Le Kymco CV3 veut être plus qu’un simple déplaçoire. Nous devions donc l’essayer comme tel, sans chercher la conduite tranquille des conducteurs peu pressés. Le constructeur annonce une consommation mixte de 4,7 l/100 km, qu’il paraît très difficile d’atteindre. Même avec souplesse, nos relevés ne passent pas sous la barre des 5,2 l/100 km. Ils grimpent en revanche un peu sur nos longs trajets. Ainsi, après 100 kilomètres d’autoroute au régulateur (environ 6 l/100 kms) et 130 kilomètres de routes de campagne sans vitesse stable, la consommation atteint les 5,84 l/ 100 kilomètres. Ce n’est pas si mauvais pour un trajet finalement assez stressant, puisque 35 kilomètres ont été parcourus dans la réserve, faute de station proposant du SP98 – le E10 n’est pas recommandé pour les moteurs Kymco. Notre consommation maximale atteindra finalement 6,78 l/100 km après 143 kilomètres en milieu urbain.














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