Scorpion. Mais pourquoi tout le monde nous parle de cet arthropode depuis notre arrivée sur le sol autrichien ? S’il est certes possible d’en apercevoir dans le pays, l’espèce dont il est ici question n’a ni pinces ni aiguillon. Il a, en revanche, bien trois roues ! Le véhicule surnommé Scorpion est un Can-Am Spyder appartenant à un Allemand loufoque particulièrement fier de sa monture. Il faut dire qu’il a parcouru plus de 167 000 kilomètres avec l’engin entièrement décoré, comme son propriétaire, selon l’image du scorpion. Ce n’est évidemment pas le seul Can-Am personnalisé présent sur le parking rassemblant les participants du Grossglockner Challenge. Avec plus ou moins de goût, on y retrouve des trois roues déguisés en véhicules de course avec multiples sponsors, d’autres avec un visage de tigre sur la carrosserie et même un Spyder militaire, appartenant à un vétéran britannique, nous dit-on. « La tendance à la customisation est chaque année plus importante », confirme Antoine Clémot, directeur marketing EMEA de Can-Am.

Avant d’entamer le Grossglockner Challenge, nous avons eu l’opportunité de visiter l’usine Rotax de Gunskirchen. Si l’équipementier fabriquait des moteurs pour BMW, Aprilia ou encore KTM, il se concentre désormais sur de multiples applications de BRP. Y sont également produits des moteurs de petits avions ou encore de kartings, représentant ensemble 13,5 % du chiffre d’affaires du groupe.
Créé en 2012 et se poursuivant en 2026 pour la 13e édition, le Grossglockner Challenge est devenu l’événement incontournable des propriétaires européens de Can-Am à trois roues. Ils sont chaque année plus ou moins 350 à se rassembler en Autriche pour l’occasion, provenant de pays aussi éloignés que l’Ukraine, l’Écosse, la Lituanie et bien sûr, la France. Une quarantaine de propriétaires tricolores ont ainsi fait le déplacement. Patrick est l’un d’eux. Arrivé de Sarthe avec son club aux couleurs du Pays de la Loire, il nous présente son Spyder personnalisé tel une Mustang Shelby. « Il a déjà 45 000 kilomètres, et mon précédant avait dépassé les 80 000 bornes. Je l’ai fait faire par une carrosserie en partenariat avec ma concession. Il a été entièrement démonté pour que le châssis soit également repeint », détaille-t-il avec engouement.
Un segment minoritaire dans le CA du groupe
Avec 80 distributeurs dans l’Hexagone, Can-Am y réalise une partie conséquente de son chiffre d’affaires, tous segments confondus. Un chiffre l’atteste : 80 % de ses trois roues vendus en Europe le sont en France et en Allemagne. Depuis la mise sur le marché de son premier véhicule à trois roues en 2007, la marque canadienne est parvenue à fédérer une communauté fière et passionnée. Elle se rassemble comme le font les propriétaires de Harley-Davidson ou de Piaggio Vespa. Leur profil est assez varié, bien qu’on y retrouve beaucoup de retraités à la recherche d’une sensation de liberté proche de celle de la moto, avec ici la sécurité d’un bolide stable. D’anciens motards figurent également parmi les propriétaires, qui n’ont plus aucun mal à faire monter les passagers des plus réticents.

Le Can-Am Canyon est capable d’être divertissant à conduire, par son aspect improbable, mais reste particulièrement frustrant à cause de ses assistances électroniques plus qu’intrusives. © Aliona Vitiuk
Si BRP, le groupe propriétaire de Can-Am, mise sur un chiffre d’affaires supérieur à 9 milliards de dollars canadiens pour l’exercice 2027, le trois-roues ne devrait représenter que 4,5 % de ce total. C’est plus que les motos électriques déjà essayées sur Les 2 Ponts, mais très loin derrière les buggys (36,4 %), les quads (15,8 %) ou encore les motos marines SeaDoo (17,9 %). La moto neige SkiDoo, domaine étant à l’origine de BRP – imaginée dès 1937 par l’inventeur canadien Joseph-Armand Bombardier –, représente encore 9,4 % du chiffre d’affaires de BRP. « Au Canada, tout le monde parle de SkiDoo (nom des modèles maritimes de BRP, ndlr) pour évoquer la moto neige. C’est comme JetSki pour la moto marine, qui est un modèle de Kawasaki. Le grand public s’en est emparé naturellement », nous fait savoir l’humoriste et présentateur québécois José Godet, ambassadeur local du constructeur depuis 2025.
Un périple magnifique autour du Grossglockner
Lui aussi a pris part au Grossglockner Challenge, alors même qu’il avouait une légère crainte avant de s’attaquer aux 3 heures de route séparant le point de départ du parking Franz-Josefs-Höhe, marquant l’arrivée. Avant d’atteindre les 2 504 mètres d’altitude, il faut d’abord accepter de rouler vers le sud pendant 2 heures sous une pluie battante. Les plus fidèles participants nous indiquent que c’est seulement la 2e édition de l’évènement avec une telle météo. La veille de l’ascension, les organisateurs s’inquiétaient d’ailleurs d’importantes chutes de neige au Grossglockner. Un 12 juin 2026, oui. De leur côté, les routes autrichiennes permettent d’admirer le lac de Traunsee, le plus profond du pays ; les villages pittoresques donnant envie de s’arrêter manger des Wiener Schnitzel, l’escalope viennoise proposée dans tous les restaurants.

La sonorité du Can-Am Canyon nous a rappelé, à bas régime, celle du bloc 2,7 litres diesel que proposait Jeep en 2007. Le véhicule tremble d’ailleurs autant qu’un Wrangler de cette époque.
Si le périple se déroule en plein déluge, il est aussi l’occasion de mettre notre monture à l’épreuve. Votre essayeur Les 2 Ponts a choisi d’enfourcher le trois roues Canyon. Commercialisé depuis 2025, il s’agit d’un véhicule tout-chemin ici proposé avec la couleur verte de la finition Redrock. Légèrement rehaussé par rapport à l’incontournable Spyder, avec des pneus adaptés à la conduite sur graviers, ce n’est pas un franchisseur mais il en adopte le look. Un SUV, en somme, ici équipé de la caméra de recul et d’un frein à main électrique particulièrement peu pratique : aucune automatisation d’activation ou de retrait, faisant biper le véhicule dans tous les sens en cas d’oubli (récurrent). Le Canyon a surtout un avantage de taille lors d’une telle ascension : il est plus confortable que le Spyder, mais l’est moins que le routier Spyder RT.
Un Can-Am Canyon qui sort du lot
Notre modèle d’essai a quasiment toutes les options, à commencer par les poignées et selles chauffantes. Pratique lorsque les températures chutent sous les 10°. Les protèges mains, que nous avions déjà pu apprécier sur la moto électrique Origin, sont également d’une grande aide sous la pluie. En plus d’être confortable, le Canyon est surtout rassurant dans de telles conditions. Il faut le vouloir pour faire patiner la roue arrière de 225 millimètres de largeur. Les aides électriques font de leur mieux pour empêcher d’en arriver là. Si les roues avant suivent beaucoup trop les malformations de la route, le conducteur finit rapidement par s’habituer à la sensation de lutte permanente. La conduite n’est effectivement pas reposante. Il faut constamment s’agripper au guidon dans les virages pour guider la bête de 462 kilos (à sec) dans les courbes. Pour tourner, il faut ainsi pousser le guidon de la main opposée à la courbe.

Il faut vraiment emmener le moteur trois cylindres à plus de 5 000 tr/min pour avoir du répondant. La vitesse maximale, non communiquée, est certainement supérieure à 160 km/h. Pour les courageux.
Miracle du périple, la pluie disparaît soudainement au moment où nous arrivons en bas du Grossglockner. Figurant parmi les plus belles du monde, la route n’est accessible qu’après acquittement d’une taxe d’environ 50 euros. Après quoi, 48 kilomètres de goudron merveilleusement entretenu s’offrent à vous. Pas moins de 36 lacets maintiennent le conducteur en admiration pendant qu’il apprécie l’ascension. Tout le monde y est le bienvenu : propriétaires de voitures de luxe se mêlent aux cyclistes, aux BMW GS, aux Vespa d’époque, aux autocars et… aux trois roues Can-Am, largement majoritaires pendant la durée de l’événement. Chaque virage mériterait un arrêt photo, chaque centaine de mètres est l’occasion de s’extasier face à la vue. Avec le soleil comme invité surprise, la route ne pouvait pas être plus agréable. Depuis notre Canyon, nous pouvons apprécier chaque instant.
De la réactivité dans les tours, aucune dans les courbes !
C’est néanmoins en profitant d’un asphalte sec que nous découvrons le gros défaut de ce drôle de bolide à trois roues. Malgré les prétentions prétendument off-road, le Canyon ne permet pas de désactiver l’anti-patinage. C’est particulièrement gênant dans les épingles du Grossglockner, puisque la sécurité électronique s’active à tout-va. Résultat, la propulsion s’arrête quasiment lorsque les roues sont braquées au maximum. Impossible de conserver un rythme stable, encore moins de jouer dans les virages. Les propriétaires de Spyder, profitant de leur mode Sport+ désactivant ces aides, s’impatientent derrière le Canyon. Ce n’est pas non plus en ligne droite que nous pourrons les distancer.

Les disques avant et arrière du Canyon sont de 270 mm. Le freinage se fait de manière couplée, avec une pédale située à droite.
Si les trois roues Can-Am ont tous un moteur Rotax 1330 de 115 chevaux, le modèle tout chemin est pénalisé par son poids lorsqu’il s’agit de l’exploiter. Le couple maximal de 130,1 Nm intervient à 5 000 tr/min, un régime qu’il est nécessaire d’atteindre pour profiter de davantage de réactivité du moteur. Le bloc trois cylindres pousse jusqu’à près de 9 000 tr/min, ce qui permet de dépasser les 120 km/h en seconde. Ce n’est vraiment pas utile, mais il est nécessaire d’aller dans les tours pour avoir du répondant. La boite semi-automatique, rétrogradant si besoin au freinage, manque elle aussi de répondant. Il est préférable de rétrograder soi-même, une à une des vitesses. Le Canyon se conduit finalement à bas régime, ce qui lui permet d’afficher une moyenne de 6,2 l/100 km sur routes départementales ; atteignant les 7,1 l/100 km pendant l’ascension du Grossglockner.
Une mémorable vue panoramique en haut du Grossglockner !
Le challenge organisé par Can-Am se conclut donc à 2 504 mètres d’altitude, offrant aux participants une magnifique vue panoramique sur les 30 glaciers du parc national des Hohe Tauern. La star du moment, le bien-nommé Grossglockner, culmine à 3 798 mètres. Inaccessible par la route, il s’agit du plus haut sommet d’Autriche. Nos propriétaires français sont ravis d’y être parvenus. Les photos s’enchaînent, l’ambiance est à son paroxysme. Le chef étoile Michel Sarran, qui a également participé à l’évènement avec un Canyon – véhicule qu’il utilise personnellement dans les environs de Toulouse –, apprécie lui aussi cette première expérience comme ambassadeur Can-Am. Qui sait, celle-ci lui inspirera peut-être une recette ? Une chose est sûre, si tel est le cas, elle sera à base de friture.













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